Si c'est un homme de Primo Levi

Publié le par Jérôme Theuillon

« Celui qui tue est un homme, celui qui commet ou subit une injustice est un homme. Mais celui qui se laisse aller au point de partager son lit avec un cadavre, celui-là n'est pas un homme. » Primo Levi

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Primo Levi est né à Turin (Italie) en 1919. Résistant, il est fait prisonnier le 13 décembre 1943 à l’âge de 24 ans.  Il est déporté en février 1944 à Auschwitz-Birkenau où il restera jusqu’en janvier 1945. 

A son retour, il publie un témoignage de la vie dans le camp. Il y décrit précisément le fonctionnement du camp, les difficultés de la vie quotidienne, les astuces pour survivre. C’est aussi une réflexion philosophique sur le mal et  l’humanité. Primo Levi se suicide en avril 1987.

extraits :

"Mon nom est 174517; nous avons été baptisés et aussi longtemps que nous vivrons nous porterons cette marque tatouée sur le bras gauche. L'opération a été assez peu douloureuse et extrêmement rapide : on nous a fait mettre en rang par ordre alphabétique, puis on nous a fait défiler un par un devant un habile fonctionnaire muni d'une sorte de poinçon à aiguille courte. Il semble bien que ce soit là une véritable initiation : ce n'est qu' " en montrant le numéro " qu'on a droit au pain et à la soupe. Il nous a fallu bien des jours et bon nombre de gifles et de coups de poing pour nous habituer à montrer rapidement notre numéro ..."

Le camp
"Nous avons une idée de la topographie du Lager; c'est un carré d'environ six cents mètres de côté, clôturé par deux rangs de barbelés, dont le plus proche de nous est parcouru par un courant à haute tension. Le camp se compose de soixante baraques en bois, qu'ici on appelle blocks, dont une dizaine sont en construction; à quoi s'ajoutent le corps des cuisines, qui est en maçonnerie, une ferme expérimentale tenue par un groupe de Häftlinge privilégiés, et les baraques des douches et des latrines, une tous les six ou huit Blocks.
Certains Blocks, en outre, sont affectés à des usages particuliers. D'abord l'infirmerie et le dispensaire, constitués par huit baraques situées à l'extrémité est du camp;(...) Le centre du Lager est occupé par l'immense place de l'Appel. C'est là qu'a lieu le rassemblement, le matin pour former les équipes de travail, le soir pour nous compter. En face de la place de l'Appel se trouve une pelouse soigneusement tondue, où l'on dresse la potence en cas de besoin."
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Les prisonniers
"Nous avons vite appris que les occupants du Lager se répartissent en trois catégories; les prisonniers de Droit commun, les prisonniers politiques et les juifs. Tous sont vêtus de l'uniforme rayé, tous sont Häftlinge, mais les Droit commun portent à côté du numéro, cousu sur leur veste, un triangle vert; les politiques un triangle rouge; les juifs, qui sont la grande majorité, portent l'étoile juive, rouge et jaune.- Quant aux SS, il y en a, mais pas beaucoup, ils n'habitent pas dans le camp et on ne les voit que rarement. Nos véritables maîtres, ce sont les triangles verts qui peuvent faire de nous ce qu'ils veulent, et puis tous ceux des deux autres catégories qui acceptent de les seconder, et ils sont légion."

Les astuces pour survivre
"Nous avons appris que tout sert: le fil de fer pour attacher les chaussures; les chiffons pour en faire des chaussettes russes; le papier pour en rembourrer (clandestinement) nos vestes et nous protéger du froid. Nous avons appris du même coup que tout peut nous être volé ou plutôt que tout est automatiquement volé au moindre instant d'inattention; et pour nous prémunir contre ce fléau, nous avons dû apprendre à dormir la tête sur un paquet fait de notre veste et contenant tout notre avoir, de la gamelle aux chaussures.."

Le réglement du camp
"Nous connaissons déjà en grande partie le règlement du camp, qui est incroyablement compliqué; les interdictions sont innombrables interdiction de s'approcher à plus de deux mètres des barbelés; de dormir avec sa veste, ou sans caleçons, ou le calot sur la tête; d'entrer dans les lavabos ou les latrines " nur fur Kapos" ou " nur fur Reichsdeutsche " ; de ne pas aller à la douche les jours prescrits, et d'y aller les jours qui ne le sont pas ; de sortir de la baraque la veste déboutonnée ou le col relevé; de mettre du papier ou de la paille sous ses habits pour se défendre du froid de se laver autrement que torse nu."

Le travail
"Ici, tout le monde travaille sauf les malades (...) L'horaire de travail varie avec la saison. On travaille tant qu'il fait jour : aussi passe-t-on d'un horaire minimum l'hiver (de 8 heures à 12 heures et de 12 h 30 à 16 heures) à un horaire maximum l'été (de 6 h 30 à 12 heures et de 13 heures à 18 heures). 
Un dimanche sur deux est un jour de travail. Et comme les dimanches dits fériés se passent en réalité à travailler à l'entretien du Lager au lieu de travailler à la Buna, les jours de repos effectif sont extrêmement rares.Telle sera notre vie. Chaque jour, selon le rythme établi, Ausrûcken et Einrûcken, sortir et rentrer, dormir et manger; tomber malade, guérir ou mourir."

Publié dans Histoire 3eme

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